Interview de Fabienne Blain de Amulette : L'art de transmettre par le jeu : Explorer le passé pour éveiller les jeunes esprits

Bonjour Fabienne, pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et de votre rôle au sein d'Amulette concernant la transmission des connaissances par le jeu ?

Issue d’une famille d’enseignants, j’ai exercé plusieurs années la profession d’économiste. Mais, à la maison, j’aimais bien créer des jeux pour mes enfants, par plaisir. C’est ainsi que j’ai fini par finaliser un jeu complet – le coffret Si j’étais la maîtresse et par créer la société Amulette.
Ma démarche initiale était spontanée : face à l’envahissement des rayons jouets par des produits internationaux, très marketés et made in China, j’avais envie de créer des jeux plus authentiques, plus culturels et plus proches des besoins des enfants.

Comment définiriez-vous l'art de transmettre par le jeu, en particulier lorsqu'il s'agit d'explorer le passé pour éveiller les jeunes esprits ?

L’écueil du jeu « éducatif » est évident : un jeu qui ne serait qu’un prétexte pour apprendre, perdrait son essence première, le plaisir de jouer, avec ce que cela comporte de liberté, d’invention et d‘amusement.
La transmission par le jeu ne peut être qu’un bénéfice secondaire pour l’enfant.
Dans notre kit « Si j’étais en mission dinosaures », l’enfant s’amuse avant tout à se projeter dans le rôle du paléontologue. Pour faire passer des connaissances
- Nous les instillons par petites touches comme moyen de résoudre des missions. L’enfant finira par savoir que les dinosaures étaient des reptiles différents des crocodiles, que les mammifères, dont nous sommes, ont pris leur essor sur terre après leur disparition, et qu’ils n’ont pas tous disparu puisque les oiseaux en descendent. Il n’y a pas – et de loin d’exhaustivité recherchée mais une répétition de quelques points-clés susceptibles d’intéresser et d’être gardés en mémoire.
- Nous nous inspirons pour tous nos jeux d’approches pédagogiques éprouvées : partir d’un sujet qui intéresse les enfants – ici les dinosaures -, et leur proposer sur ce thème des supports de jeu variés qui les guident pour observer, tester, imaginer et vérifier des informations par eux-mêmes en toute autonomie. Il n’y aucun attendu explicite : rien n’est imposé à l’enfant qui mène ses missions en s’appropriant les contenus du jeu en toute liberté.

Quelles sont les plus grandes difficultés que vous rencontrez en utilisant le jeu pour éduquer les jeunes sur l'histoire, et comment les surmontez-vous ?

Sur l’histoire en général, les enfants sont souvent dans le flou : il y a peu d’heures d’enseignement dédiées, les dates et personnalités clés de l’histoire traditionnelle sont parfois contestées ou instrumentalisées, et de nombreuses œuvres mélangent des faits historiques avec de la fiction.
Le thème des dinosaures permet d’éviter certaines de ces difficultés (il est assez dépolitisé !) , mais il y a tout de même un challenge à susciter un intérêt qui ne soit pas uniquement de surface, et aille au-delà du caractère impressionnant de ces animaux, d’un « name dropping » de dinosaures stars, et d’une vision confuse de la préhistoire.
La création de tous nos jeux s’appuie sur des professionnels (enseignants, psychologues, graphistes spécialisés dans le scolaire) et nous essayons de poser dans les jeux de petits repères çà et là. Avec les dinosaures, des repères sur la chronologie, la géographie, et l’évolution du vivant. Ces repères nous semblent importants pour arrimer de nouvelles connaissances et que les enfants fassent ensuite des liens lors d’autres expériences, apprentissages ou divertissements sur le thème des dinosaures.

Pourriez-vous partager une expérience personnelle où une approche ludique a eu un impact significatif sur l'éducation d'un jeune public ?

Cela est sûrement exagéré de parler d’impact significatif sur l’éducation ! Mais nous avons d’innombrables témoignages et anecdotes sur la façon dont nos jeux marquent ou ont marqué les enfants : des visiteurs sur les salon qui sont heureux de revoir les jeux de leur enfance et nous racontent leurs souvenirs avec ; une jeune Chef qui nous explique comment notre jeu « Mon restaurant » auquel elle jouait tout le temps enfant a été déterminant dans sa vocation ; une petite fille de 5 ans, en voiture avec son père qui n’a pas ses papiers, qui sort de son petit sac son permis de conduire Amulette pour le tendre aux policiers ou une autre de 7 ans , à qui on parle de Napoléon et qui dit qu’elle le connait très bien grâce au petit livre d’histoire du jeu Si j’étais la maîtresse ! Le point commun c’est que des émotions positives associées à l’expérience du jeu ont eu un retentissement durable et ont fixé certaines informations dans la mémoire.

Quels sont les enjeux actuels dans le développement de jeux éducatifs axés sur l'histoire, et comment voyez-vous le secteur évoluer face à ces défis ?

Une partie des enjeux éducatifs – axés sur l’histoire ou sur tout autre thème- sont intemporels : solliciter la curiosité, transmettre des connaissances et des valeurs, mais l’environnement actuel pose de nombreux défis : quand toute connaissance, idée ou représentation est immédiatement à portée de clic, a fortiori avec I’IA, l’envie d ‘apprendre, la mémorisation, l’esprit critique, la capacité de l’enfant d’imaginer par soi-même sont menacés… et il devient pour lui de plus en plus difficile de démêler le vrai du faux.
Un certain nombre d’entreprises du secteur, dont Amulette, s’efforcent en retour de proposer davantage de jeux où les enfants sont actifs et acteurs de leurs expériences et découvertes, à l’écart des écrans et/ou ils sont en lien avec les autres dans le cadre de jeux de société ou à plusieurs.
L’une des caractéristiques des jeux Amulette, en reprenant des thèmes de jeux de toujours - les parents et grands-parents peuvent facilement jouer à l’école ou au restaurant avec les enfants - est aussi de favoriser le dialogue intergénérationnel, nécessaire à la transmission.

Selon vous, comment les pratiques de transmission des connaissances par le jeu pourraient-elles évoluer dans les cinq à dix prochaines années ?

C’est évidemment très difficile à savoir. Dans la mesure où la situation de l’école est compliquée et que les parents s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants, ils recherchent des activités ou supports de toute sorte pour les faire progresser.
Il est probable qu’il y ait dans les années à venir une démultiplication et sophistication de l’offre éducative virtuelle, numérique et électronique, avec davantage d’apprentissages personnalisés. Mais si l’intérêt des écrans n’est pas du tout à négliger, on sait aussi que le tout écran comporte un risque de diminution des capacités cognitives des enfants.
C’est pourquoi je crois simultanément à un renouveau de formes plus traditionnelles de jeux éducatifs, avec davantage de participation des adultes ou bien de jeux innovants conçus pour faire jouer ensemble les enfants et les parents (qui jouent d’ailleurs eux-mêmes de plus en plus, le segment « adultes » devenant un pilier de croissance du secteur du jouet).

Quel message souhaiteriez-vous transmettre à nos lecteurs sur l'importance d'adopter le jeu comme outil éducatif ?

Le jeu a ceci d’irremplaçable qu’il vise et repose sur le plaisir de l’enfant. Ce qui signifie à la fois, que l’enfant invente, crée et expérimente sans pression et qu’il s’implique émotionnellement de manière positive : deux facteurs qui créent - si les contenus du jeu sont bien étudiés - les conditions d’un apprentissage naturel et durable.

Pour en savoir plus : https://www.amulette-jeux.com

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